Henry Vallotton (1891-1971)

Grandes figures vaudoises


Né en 1891 à Morges, Henry Vallotton ne revêt pas le profil type du radical de son époque. Issu d’une famille urbaine aisée, il ne complète pas son parcours académique, qui le conduira à un doctorat en droit, par un passage par Helvétia. C’est à Zofingue que cet amateur de sport prèfère promener ses allures de dandy. Il se passionne particulièreemnt pour le sport automobile et participe à deux rallyes, la Transafricaine et le Paris-Le Caire, dont il décrit les péripéties dans la presse vaudoise. Il fondera d’ailleurs plus tard l’Association vaudoise des conducteurs et des cyclistes, avant de siéger à la vice-présidence du Club alpin suisse et de présider la section vaudoise du Touring Club Suisse.

Installé comme avocat, élu conseiller communal dans sa ville natale en 1917, puis au Grand Conseil en 1921 (où il siège jusqu’en 1933) et enfin au Conseil national en 1925, Vallotton apparaît rapidement comme un partisan résolu du virage à droite que le parti a amorcé juste après la guerre. Il participe activement aux luttes d’influence qui polluent la vie du parti radical au cours des années 20. Au sein du comité, il ne ménage pas le vieux rédacteur de La Revue, menace de démissionner si un supplément sport n’est pas adjoint au journal. Il surgit comme l’une des figures de proue de la jeune garde, plus à droite que sa devancière, et adhère au corporatisme, que théorise au même moment Pierre Rochat. Il réussit même à imposer Marcel Pilet-Golaz comme secrétaire général du parti, contre Gusatve Chaudet. En définitive, les deux hommes devront partager le poste, avant que le second nommé ne fasse sécession. Vallotton ne manifeste pas son penchant « droitier » seulement dans le cercle étroit du parti. Il fonde en 1932 une Association patriotique vaudoise, censée soutenir les efforts du Conseil d’Etat dans le maintien de l’ordre, en cas de besoin. Rejoint par des libéraux et le Club alpin, il peut s’appuyer dans son travail sur Pierre Rochat, en provenance de diverses ligues patriotiques.

Corporatiste, Vallotton, comme nombre de conservateurs à cette époque, escompte maintenant une réforme complète des institutions suisses, même si, durant la guerre, il plaidera pour une politique d’accueil plus ouverte de la part des autorités fédérales. Pour lui, le système gouvernemental hérité de 1848 a vécu et doit être remodelé. Sans réclamer une dictature, il exige, dans une brochure intitulée La Suisse de demain et publiée en 1940, un renforcement de l’autorité, par la création d’un landamann élu pour trois ou quatre ans, et le remplacement des Chambres fédérales par un Parlement de type corporatiste. La Ligue vaudoise ne demande en fait pas autre chose. Des relations peu amènes uniront toutefois celui qui est devenu président du parti radical vaudois et le groupe de Marcel Regamey.

Vallotton s’attache à éviter toute confusion entre les idéaux radicaux et ceux d’Ordre et Tradition et s’oppose de toutes ses forces à ce que des collaborations, par exemple au sein d’un Comité d’action fédéraliste comme le suggérait Rochat, soient tolérées entre le parti et la Ligue. Pourtant, les partis radical et libéral vaudois avaient souvent travaillé main dans la main avec la Ligue: contre le Code pénal suisse en 1937, pour une révision de la Constitution fédérale dans un sens corporatiste en 1935. Ces batailles furent perdues, mais des liens avaient été noués. Mais la lutte âpre menée par la Ligue contre un projet de révision de la loi sociale vaudoise, conduite par Bosset, rompt tout espoir de coopération avec les amis de Regamey. Soutenu par Rubattel et Hirzel, Vallotton parvient à rendre incompatible un poste de dirigeant au sein du parti et une appartenance à la Ligue. Il essaiera même de faire exclure des radicaux connus pour être proches de celle-ci, comme le futur conseiller fédéral Paul Chaudet, mais sans succès.

Vallotton abandonne ses fonctions politiques en 1943 lorsqu’il est nommé par son ami Pilet-Golaz, alors chef du Département politique, ministre plénipotentiaire de la Suisse au Brésil. Il poursuivra sa carrière diplomatique en Suède, de 1946 à 1951, et en Belgique et au Luxembourg, de 1951 à 1956. Il sera ensuite désigné pour diverses missions par le Conseil fédéral, comme au Congo en 1959. Il rédige également plusieurs ouvrages historiques, dont deux seront récompensés par l’Académie française. Dans son livre très fouillé Bismarck et Hitler, paru en 1954, il tente de faire le départ entre l’autoritarisme constructif du Chancelier de fer et le despotisme barbare de l’ancien artiste-peintre autrichien. Sans doute une manière pour lui, sinon de se dédouaner, du mois de s’expliquer, avec le recul du temps et l’ouverture progressive des archives, sur sa vision du monde exhibée avant-guerre, sur sa façon, minoritaire parmi les radicaux vaudois, de distinguer autorité et dictature. Il décède en 1971.

© Olivier Meuwly, Lausanne 2003

Publié le 1 janvier 2023

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