Le Bulletin du mois de mai 2026 : La vigne vaudoise face à un tournant
Bulletins
Derrière les terrasses de Lavaux baignées de soleil et la fierté d’un millésime prometteur, la viticulture vaudoise traverse aujourd’hui une crise structurelle. La consommation de vin recule, deux bouteilles sur trois consommées en Suisse proviennent de l’étranger, et les aléas climatiques s’accumulent. Ce numéro du Bulletin interroge les leviers — économiques, juridiques, politiques, culturels — dont disposent les acteurs de la branche pour traverser ce tournant.
Dans Le Dossier, Barry Lopez ouvre la réflexion en rappelant que la crise dépasse largement une mauvaise année et concerne l’ensemble de l’écosystème vaudois — des vignerons aux restaurateurs, en passant par le tourisme et les régions. Delphine Morel, vigneronne-œnologue à Chardonne, partage le regard d’une nouvelle génération face à la transmission et à l’adaptation d’un domaine familial en contexte difficile. Yann Stucki, responsable Vaud Œnotourisme, plaide pour l’innovation intersectorielle et montre comment l’œnotourisme — en croissance mondiale de plus de 20 % en moins d’une décennie — peut ouvrir de nouvelles perspectives. Olivier Mark, président de la communauté interprofessionnelle du vin vaudois, rappelle les enjeux structurels d’une libéralisation engagée dès 2006 sans filet suffisant et appelle à une prise de conscience citoyenne.
Dans La vision du politique, Maurice Neyroud, député PLR et vigneron-encaveur, présente les axes du Plan de relance vitivinicole — revalorisation du vignoble, redimensionnement des surfaces, régulation des importations. Dans Droit au but, Pascal Nicollier analyse la loi Lavaux (LLavaux) : conçue pour protéger un paysage vivant, elle peine à répondre aux défis du XXIe siècle et risque de préserver un territoire de plus en plus vide de ses vignerons. Cœur à cœur, sous la plume du Dr Eric Rochat, ancien conseiller aux États, propose une réflexion nuancée sur le vin entre histoire, médecine et responsabilité personnelle — avec la conviction que c’est l’excès qui est dommageable, et non le plaisir.
Les jeunes ont la parole avec Philippe Lörtscher, président des Jeunes Libéraux-Radicaux Vaudois, qui conteste avec vigueur la tentation de recourir à la TVA pour financer des politiques publiques essentielles : une facilité qui masque un renoncement à faire des choix budgétaires courageux.
Un numéro printanier et engagé, qui regarde en face la fragilité d’un patrimoine auquel les Vaudois s’identifient, avec la conviction que sa survie passe autant par la politique et le droit que par chaque geste de consommation.
L'édito
Soutenons nos vignerons en redonnant ses lettres de noblesse à l'apéritif… avec modération bien sûr !
Par Coryne Eckert, Présidente du CDL
Revenons un instant à la signification première du mot qui vient du latin apertivus, lui-même dérivé d’aperire qui signifie ouvrir. Dans son sens premier, le terme est strictement thérapeutique: il s’agit d’une boisson à base de vin, de plantes aromatiques ou d’épices diverses que l’on boit au début du repas, et qui est censée ouvrir les voies d’évacuations naturelles et les pores de la peau pour éliminer toutes les toxines du corps…
Le dossier
La situation de la viticulture vaudoise: elle nous concerne !
Par Barry Lopez, Rédacteur en chef du Bulletin, juriste et conseiller communal au Mont-sur-Lausanne
Dans ce nouveau numéro du Bulletin, nous avons choisi de nous pencher sur une réalité qui concerne directement notre canton: la situation de la viticulture vaudoise. Derrière les images de carte postale, les terrasses de Lavaux baignées de soleil et la fierté d’un millésime prometteur, le secteur traverse aujourd’hui une période de fortes turbulences. La consommation de vin recule, en Suisse comme ailleurs, et les habitudes évoluent rapidement, notamment chez les jeunes générations.
Le dossier
Viticulture suisse: entre transmission et adaptation
Par Delphine Morel, Vigneronne-œnologue, Chardonne
Reprendre un domaine viticole familial est bien plus qu’un simple passage de témoin. C’est reprendre une histoire, un paysage et un savoir-faire façonné au fil des générations. En 2020, j’ai ainsi repris le domaine familial, à Chardonne, au cœur des vignobles en terrasses de Lavaux. Chez nous, l’amour de la vigne, la tradition et la passion se transmettent depuis déjà quatre générations.
Le dossier
L'œnotourisme: la solution ?
Par Yann Stucki, Responsable Vaud Œnotourisme
Même si mon nom de famille ne tranche pas en ma faveur, je vous assure que mon accent témoigne de mon amour pour le Pays de Vaud, pour son patrimoine et ses traditions. Je suis personnellement né dans la culture de l’apéro et le partage d’une bonne bouteille de vin local «entre amis» fait partie intégrante des plaisirs de la vie.
Le dossier
Notre patrimoine viticole est magnifique, mais fragile
Par Olivier Mark, Président de la communauté interprofessionnelle du vin vaudois
La viticulture est chère aux Vaudois, qui s’identifient volontiers à ces travailleurs de la terre dont le sens de la mesure et une forme de modestie ont été façonnés au fil des saisons. La réalité économique contemporaine de ce secteur est pourtant compliquée. Après plusieurs étapes de libéralisation commerciale, deux tiers des vins consommés dans notre pays viennent de l’étranger — et personne dans la branche ne remet cela en question: la concurrence dynamise le marché et la diversité est constitutive de la culture du vin.
La vision du politique
La viticulture vaudoise au travers de la politique
Par Maurice Neyroud, Député PLR, Vigneron-encaveur
Le printemps est la période où le nouveau millésime se met en bouteilles et fait la fierté des vignerons. Il est le résultat d’une année climatiquement excellente, qui augure des vins de grande qualité. À contrario, la situation économique de la viticulture vaudoise est chancelante.
Droit au but
Lavaux sous cloche: une loi qui peine à s'adapter
Par Pascal Nicollier, Orientation juridique du Cercle Démocratique
Depuis bientôt cinquante ans, la loi sur le plan de protection de Lavaux (LLavaux) protège l’un des vignobles les plus emblématiques de Suisse. Inscrite dans le marbre constitutionnel vaudois depuis 1977 et traduite en droit positif dès 1979, la LLavaux a traversé révisions, initiatives populaires et décennies de débats politiques. Aujourd’hui encore, son Plan d’affectation cantonal fait l’objet d’une procédure parlementaire inédite, tandis que le vignoble qu’elle est censée protéger n’est pas dans sa meilleure forme économique.
Cœur à cœur
De tout un peu, avec modération !
Par Dr Eric Rochat, Ancien Conseiller aux États, Commission Santé & Social
Ce n’est pas sans amusement que je souligne en exergue que la Croix Bleue a été fondée en 1877 par un de mes lointains cousins, le pasteur Louis-Lucien Rochat. Bouleversé par les dégâts sociaux de l’abus d’alcool dans l’Angleterre où il prêchait, il choisit l’abstinence en 1876 et, par analogie avec la Croix-Rouge d’Henri Dunant, fonde la Croix Bleue à Genève avec quelques amis. Cousins sommes-nous, car il est démontré que tous les Rochat du monde sont issus d’un seul et même couple…
Les jeunes ont la parole
Augmenter la TVA, éviter les choix
Par Philippe Lörtscher, Président des Jeunes Libéraux-Radicaux Vaudois
Augmenter la TVA pour financer des politiques publiques essentielles comme l’AVS, les infrastructures ferroviaires ou encore l’armée est une solution de facilité qui mérite d’être fermement contestée. Derrière cette approche se cache un renoncement politique préoccupant : celui d’assumer des choix budgétaires clairs et courageux.
